8 lieux où le passé ouvrier et l’avenir vert se croisent en Seine-Saint-Denis
7 septembre 2026 · La rédaction de Sortir en Île-de-France · Seine-Saint-Denis
La Seine-Saint-Denis n’a pas effacé ses cicatrices industrielles : elle les a transformées en terrains de jeu, d’expérimentation et de mémoire. Entre les murs des anciennes usines et les parcelles reconquises par la nature, huit adresses racontent comment le 93 réinvente son héritage. Voici un parcours qui va des coulisses du cinéma aux jardins nourriciers, en passant par des friches devenues des laboratoires à ciel ouvert.
1. Chez Basile – Saint-Denis
Ici, la micro-ferme s’est glissée dans un interstice urbain, entre deux barres d’immeubles et une voie ferrée. Pas de grand domaine, mais une poignée de bacs cultivés en permaculture où poussent aromates, fleurs comestibles et légumes oubliés. Ce qui frappe, c’est l’échelle : une production hyperlocale, presque confidentielle, qui alimente les restaurants du quartier et les paniers des voisins. Le lieu doit son nom à son fondateur, un ancien ouvrier du bâtiment reconverti en maraîcher, et cette histoire personnelle donne au projet une authenticité rare.
2. La Ferme des Possibles du Bois Moussay – Stains
Plantée au cœur d’un bois résiduel, cette ferme associative a choisi de travailler avec ce que le territoire lui offrait : des sols pauvres, des arbres à tailler, des déchets verts à composter. Pas de serres high-tech, mais des buttes de culture inspirées des techniques amérindiennes, des poules en liberté qui grattent les feuilles mortes, et un atelier de vannerie où l’on tresse les branches des saules du parc. Le Bois Moussay, longtemps considéré comme une friche abandonnée, est devenu un lieu où l’on apprend à produire sans épuiser – une leçon de résilience appliquée.
3. Terre Terre – Aubervilliers
Sur les franges du canal Saint-Denis, cette ferme urbaine a investi un terrain vague pour en faire un modèle d’agriculture circulaire. Le sol, pollué par des décennies d’activité industrielle, a été dépollué grâce à des plantes spécifiques, puis enrichi avec le compost issu des déchets organiques des marchés voisins. Aujourd’hui, Terre Terre cultive des légumes, mais aussi des champignons sur marc de café récupéré et des aromates en hydroponie. Le lieu organise des chantiers participatifs où l’on croise autant d’anciens ouvriers du coin que de jeunes urbains en quête de sens – un mélange qui résume à lui seul la mutation du 93.
4. La Plaine terre – Saint-Denis
Née sur les décombres d’une ancienne friche SNCF, cette ferme a poussé entre les rails et les hangars désaffectés, comme un pied de nez à l’abandon. Son originalité ? Une production tournée vers les plantes tinctoriales et médicinales, héritage d’un savoir-faire artisanal que le département a presque perdu. On y cultive de la guède pour le bleu, de la garance pour le rouge, et des plantes aromatiques transformées sur place en huiles essentielles. Le lieu accueille aussi des résidences d’artistes qui travaillent avec les matériaux du site – une façon de lier mémoire ouvrière et création contemporaine.
5. La forêt comestible du parc du Glacis – Saint-Denis
Ce n’est pas une ferme, mais une forêt : une centaine d’arbres fruitiers, d’arbustes à baies et de plantes grimpantes disposés en strates, comme dans un écosystème naturel. Le parc du Glacis, ancien glacis militaire puis terrain vague, a été repensé pour nourrir tout en verdissant. Les visiteurs peuvent cueillir librement les fruits à maturité, et des ateliers d’agroforesterie y sont régulièrement organisés. L’idée ? Montrer qu’une ville peut se nourrir sans champs, en s’inspirant des techniques traditionnelles des vergers et des haies bocagères.
6. Les studios Éclair – Épinay-sur-Seine
Ici, le patrimoine industriel se visite en coulisses. Les studios Éclair, fondés en 1907, ont été le cœur battant du cinéma français pendant un siècle, accueillant des tournages mythiques comme *Les Enfants du paradis* ou *Le Salaire de la peur*. Aujourd’hui, le site conserve ses plateaux historiques, ses ateliers de décors et ses réserves de costumes d’époque, mais il reste un lieu de production actif. On y croise encore des techniciens qui perpétuent des savoir-faire artisanaux – de la fabrication de faux marbre à la restauration de projecteurs des années 1930. Une plongée dans l’envers du décor, où chaque objet raconte une histoire.
7. Les Entrepôts et Magasins Généraux de Paris – Saint-Denis
Ces immenses hangars en brique rouge, construits au début du XXe siècle pour stocker les marchandises de la capitale, sont un monument à l’âge d’or du commerce fluvial. Aujourd’hui, une partie du site a été reconvertie en ateliers d’artistes et en espaces événementiels, mais l’âme industrielle est restée intacte : les rails des chariots de manutention sont toujours visibles au sol, et les murs portent les traces des inscriptions à la craie des dockers. Le lieu accueille aussi des résidences d’artisans qui travaillent avec les matériaux de récupération – une façon de faire dialoguer le passé ouvrier et les nouvelles économies circulaires.
8. L’ancienne usine de l’Orfèvrerie Christofle – Saint-Denis
C’est l’un des derniers témoignages de l’âge d’or de l’orfèvrerie française. L’usine Christofle, fondée en 1830, a produit ici des couverts et des services de table pour les plus grandes tables du monde, avant de fermer ses portes en 2008. Le site, classé aux Monuments historiques, conserve ses ateliers avec leurs machines d’époque, ses fours à recuire et ses bains d’argenture. Aujourd’hui, une partie des bâtiments abrite des artisans d’art qui perpétuent les techniques de la dorure à la feuille et de la ciselure, tandis que d’autres espaces sont ouverts à la visite. Une plongée dans un savoir-faire presque disparu, où chaque pièce porte la marque des gestes répétés pendant des générations.
Pour en savoir plus
- Ferme urbaine - La forêt comestible du parc du Glacis
- Patrimoine industriel - Ancienne usine de l'Orfèvrerie Christofle
- Patrimoine industriel - Entrepôts et magasins généraux de Paris
- Ferme urbaine - Terre Terre
- Ferme urbaine - La Ferme des Possibles du Bois Moussay
- Ferme urbaine - La Plaine terre
- Patrimoine industriel - Les studios Eclair à Epinay-sur-Seine
- Micro-ferme urbaine Chez Basile