Ce week-end en Seine-Saint-Denis : quand les monstres et les algorithmes prennent le pouvoir

28 octobre 2026 · La rédaction de Sortir en Île-de-France · Seine-Saint-Denis

Ce week-end en Seine-Saint-Denis : quand les monstres et les algorithmes prennent le pouvoir

La Seine-Saint-Denis n’a pas attendu Halloween pour se parer de ses plus beaux atours mystérieux. Ce week-end, le département se transforme en un terrain de jeu où se croisent créatures effrayées, récits en bulles et sons électro qui font danser les fantômes du passé. Entre ateliers qui libèrent l’imaginaire et soirées où l’on célèbre l’héritage d’un géant de la musique africaine, il y a de quoi remplir ses journées — et ses nuits — sans jamais tomber dans la routine.

Quand les ados réinventent la peur

À Montreuil, la Compagnie La Canopée Bis propose deux stages qui promettent de retourner les codes de la peur comme un gant. Le premier, « La peur change de camp ! », invite les adolescents à explorer le théâtre à travers une prémisse audacieuse : et si, pour une fois, ce n’étaient pas les humains qui tremblaient devant les monstres, mais l’inverse ? Improvisation, création collective et jeux de rôle permettront aux participants de donner vie à des univers où les loups-garous et les vampires devront affronter… l’odeur du café du matin ou la sonnerie stridente d’un réveil. Un atelier qui rappelle que la peur, avant d’être un décor, est d’abord une matière à façonner.

Dans la même veine, mais avec une approche plus technique, le stage Cinéma ado propose de créer un court-métrage d’horreur de A à Z. De l’écriture du scénario au tournage, en passant par le cadrage et le jeu d’acteur, les participants découvriront les coulisses d’un genre qui a fait frissonner des générations. Une occasion rare de comprendre comment naissent les frissons, bien loin des clichés des films à gros budget.

Un coup de cœur : la Felabration, ou l’Afrobeat comme acte de résistance

Si un seul événement devait retenir votre attention ce week-end, ce serait sans hésiter la Felabration à La Marbrerie, à Montreuil. Depuis 2017, ce lieu emblématique s’associe à l’hommage mondial rendu à Fela Kuti, le père fondateur de l’Afrobeat, et cette édition s’annonce comme un véritable manifeste musical. Au programme : La Kossa, Fabe Beaurel Bambi et Afreeboat, trois projets qui puisent dans l’énergie rebelle et dansante de Fela pour en faire une arme de célébration massive.

L’Afrobeat, né dans le Nigeria des années 1970, était bien plus qu’un genre musical : c’était une réponse politique, une façon de danser malgré l’oppression, de chanter malgré la censure. En 2026, alors que les sons électroniques et les influences globales ont transformé la musique, la Felabration rappelle que ces rythmes n’ont rien perdu de leur puissance. Une soirée où l’on danse non pas pour oublier, mais pour se souvenir — et pour continuer à faire vibrer les murs bien après minuit.

Plonger dans l’étrange, même à la piscine

Pour ceux qui préfèrent mêler frissons et éclaboussures, la piscine Edourd Herriot de Bondy propose une session spéciale Halloween les 29 et 31 octobre. L’idée ? Transformer les bassins en un décor ensorcelant où l’on nage entre deux eaux, entre rires et petits cris. Une façon originale de célébrer la fête des morts sans quitter son maillot de bain — et de rappeler que l’eau, comme la peur, peut être à la fois source d’angoisse et de libération.

Tech, BD et rencontres : d’autres façons de sortir des sentiers battus

Les amateurs de bulles et de cases ne seront pas en reste avec le stage BD/Manga proposé par L’Atelier des Arts à Montreuil. Au programme : dessiner des couvertures, inventer des onomatopées et jouer avec l’écrit pour donner vie à des univers où chaque détail compte. Une plongée dans l’art de raconter des histoires sans un mot, où le lettrage et les bulles deviennent des personnages à part entière.

Du côté de Saint-Ouen, le GREC propose un atelier intitulé « Expérimenter la mise en scène », dirigé par Dyana Gaye. Une occasion pour les passionnés de cinéma de comprendre comment un film s’écrit bien au-delà du scénario : dans le choix des cadres, des lumières, des silences. Un atelier qui rappelle que le cinéma est avant tout un langage, et que chaque plan est une phrase à construire avec soin.

Enfin, pour celles qui rêvent de dompter les algorithmes plutôt que les monstres, Startup For Girls organise une édition spéciale IA à Saint-Ouen, destinée aux collégiennes et lycéennes. Au programme : découverte des métiers de la tech, ateliers pratiques et rencontres avec des professionnelles. Une initiative qui tombe à point nommé, alors que les inégalités dans le numérique restent tenaces. Preuve que la Seine-Saint-Denis n’est pas seulement un terrain de jeu pour les créatures de la nuit, mais aussi pour celles qui veulent façonner le monde de demain.

Et après le week-end ?

Si ces deux jours ne suffisent pas à assouvir votre soif de découvertes, la Seine-Saint-Denis regorge de lieux qui méritent le détour. La Cité du Cinéma, à Saint-Denis, a rouvert ses portes en grande pompe en septembre 2026, offrant un écrin Art Déco à ceux qui veulent explorer les coulisses du 7e art. Non loin de là, l’Académie Fratellini continue de former les artistes de cirque de demain, tout en proposant des spectacles qui défient les lois de la gravité. Et pour ceux qui s’intéressent à l’histoire, l’ancienne gare de déportation de Bobigny rappelle, dans un silence lourd, le rôle méconnu de ce lieu pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ce week-end, la Seine-Saint-Denis se révèle sous un jour à la fois festif et exigeant, où chaque activité est une invitation à regarder au-delà des apparences. Que l’on choisisse de danser sur des rythmes engagés, de dessiner des monstres ou de plonger dans une piscine hantée, une chose est sûre : on n’en ressortira pas tout à fait le même.

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