Six bâtiments remarquables à Paris : de la pierre historique au béton végétal
31 août 2026 · La rédaction de Sortir en Île-de-France · Paris
Paris compte des centaines de façades qui racontent une époque, un usage ou une audace constructive. Voici six d’entre elles, choisies pour ce qu’elles révèlent de la ville : un couvent devenu atelier d’artistes, des passages couverts où le commerce a gardé son âme, et une tour qui fait pousser des orties à cinquante mètres du sol.
1. Couvent de la Madeleine de Traisnel
Ses murs en pierre de taille, posés en 1664, ont abrité des pensionnaires de la noblesse avant de se transformer en atelier de tissage sous la Révolution. En 1871, les communards y installent des artistes, puis le lieu devient une copropriété en 1997. Ce qui frappe, c’est la façon dont les époques se superposent sans s’effacer : les fenêtres à meneaux côtoient des verrières du XIXe siècle, et les cours intérieures, autrefois réservées aux religieuses, accueillent aujourd’hui des résidents qui cultivent des potagers sur les pavés d’origine.
2. Passage du Caire
Avec sa verrière en arête de poisson posée en 1798, c’est le plus vieux passage couvert de Paris. Les statues de la déesse Hathor, perchées sur les façades, semblent surveiller les allées et venues des grossistes de prêt-à-porter du Sentier. L’endroit est étroit, bruyant, et les enseignes en lettres dorées sur fond noir rappellent que le commerce y a toujours été roi. Contrairement aux galeries haussmanniennes lissées par les rénovations, ici, les traces d’usure – peinture écaillée, sols inégaux – racontent une histoire qui n’a jamais cessé.
3. Passage Brady
On entre par le boulevard de Strasbourg et on se retrouve sous une verrière du XIXe siècle, mais c’est une autre ville qui prend le relais : les odeurs de curry, les saris accrochés aux vitrines et les enseignes en hindi transforment ce passage en une enclave de Little India. La partie à ciel ouvert, plus récente, contraste avec la galerie couverte : moins de charme architectural, mais une vitalité qui déborde sur le trottoir. Les deux ambiances coexistent sans se mélanger, comme si le passage avait absorbé les vagues successives d’immigration sans jamais perdre son identité première.
4. Passage des Princes
Reconstruit en 1995 après sa destruction en 1985, ce passage joue la carte de la reconstitution fidèle : moulures, lanternes et carrelage à cabochons s’alignent pour imiter le style haussmannien. Pourtant, ce qui le distingue, c’est son usage actuel. Alors que les autres passages parisiens misent sur l’artisanat ou l’exotisme, celui-ci s’est spécialisé dans les jouets et les modèles réduits. Les vitrines regorgent de trains miniatures et de poupées anciennes, comme si le lieu avait décidé de conserver l’esprit d’un Paris disparu, celui des boutiques pour enfants des années 1950.
5. Passage du Grand-Cerf
Avec ses douze mètres de haut sous verrière, c’est le plus impressionnant des passages couverts parisiens. La structure métallique, visible et assumée, donne une impression de légèreté rare dans le quartier de Montorgueil, où les immeubles haussmanniens écrasent souvent les perspectives. Les boutiques d’artisans – bijoutiers, ébénistes, designers – y ont trouvé refuge, attirées par la lumière zénithale qui met en valeur leurs créations. Contrairement aux autres passages, où le commerce domine, ici, c’est l’atelier qui prime : on devine les mains derrière les objets exposés.
6. Tour de la biodiversité - M6B2
À Paris Rive Gauche, cette tour de logements sociaux de 50 mètres de haut, livrée en 2016, fait pousser des plantes sauvages sur ses balcons et ses façades. Pas de jardinières soignées, mais des orties, des coquelicots et des graminées qui attirent abeilles et papillons. Les architectes ont laissé la nature s’installer, créant un contraste saisissant avec les tours voisines, lisses et minérales. Les résidents, eux, vivent avec cette végétation qui évolue au fil des saisons – un pari audacieux dans une ville où le béton règne en maître.